Pourquoi la parentalité positive (ou éducation bienveillante) est-elle recommandée par les scientifiques ? | L'Atelier des Mums

Le mum's mag

parentalité positive éducation bienveillante

Pourquoi la parentalité positive (ou éducation bienveillante) est-elle recommandée par les scientifiques ?

1 février 2017

Depuis le 22 décembre 2016 la fessée est interdite en France, 37 ans après la Suède où 2 générations plus tard le pays constate de réels effets positifs sur l’ensemble de la société. Prenons le temps de partager ensemble les implications au regard des dernières études scientifiques, de comprendre l’inefficience des méthodes punitives, de prendre conscience de ce qu’est la violence éducative ordinaire et de partager toutes nos fausses croyances éducatives. Au delà des constats, regardons comment aiguiller chaque futur/jeune parent sur les besoins réels de l’enfant et savoir comment les satisfaire en s'appuyant sur la parentalité positive.

En préambule, il est important de notifier que nous ne sommes pas dans une démarche de jugement ou de culpabilité mais plutôt dans une démarche informative pour s'inspirer. Une des valeurs principales de L'Atelier des Mums est la "Bienveillance" alors la notion d "éducation bienveillante et parentalité positive" ça nous parle et fait résonnance en nous ! 

D'autre part, si vous êtes enceinte peut-être dites-vous que ce sujet ne vous concerne pas encore vraiment tant que bébé n'est pas né. Et si, dès à présent vous partagiez votre vision de l'éducation avec votre compagnon ? Vous n'y avez peut-être pas pensé et nous vous y encourageons.

 

L'interdiction de la fessé, testée et approuvée par les Suédois !

Alors que la majorité des Suédois était contre la mise en place d’une loi interdisant la fessée en 1979, ils sont aujourd’hui 92% à approuver ! Pourquoi ? Parce qu’ils constatent un climat sociétal plus serein et les chiffres le prouve : moins de violence à l’école, baisse des vols et de la criminalité, diminution des addictions aux drogues ou à l’alcool et même une baisse enregistrée des suicides.

Comment cela est-il possible ? L'enfant imite le comportement bienveillant de l'adulte par l'action des neurones miroir, cela permet ainsi d'instaurer petit à petit des relations plus apaisées et respectueuses dans toute la société

 

« Etablir la paix durablement est le travail de l’éducation. La politique ne peut qu’éviter la guerre » Maria Montessori

 

Qu’est-ce que la Violence Educative Ordinaire ?

Aujourd’hui en France 85% des parents ont recours à la Violence Educative Ordinaire (VEO) et souvent même sans en avoir conscience. La violence éducative n’est pas forcément synonyme de maltraitance abusive ni uniquement de violence physique ("fesser/gifler, tirer les cheveux ou les oreilles, pousser intentionnellement, donner un coup de pieds, priver de repas",etc.), elle peut également être de l’ordre psychologique et verbale ("injurier, se moquer, faire du chantage affectif, humilier, menacer",etc.). Ces comportements sont parfois très ancrés dans des schémas éducatifs dits "traditionnels" où l'adulte dans la relation à son enfant exige qu'il se soumette.

 

Cela fait environ 15 ans que les experts scientifiques démontrent les conséquences néfastes sur le développement de l’enfant en s'appuyant notamment sur les dernières recherches en neurosciences : allant du très faible estime de soi, manque de confiance, difficultés à exprimer ses émotions, troubles avec l’alimentation, en passant par un état dépressif ou violent.

 

Pour mieux comprendre, voici une mise en situation : 

  • Imaginez-vous recevant une injure, une humiliation ou un coup de la part d'un collègue au travail, que faites-vous ? Spontanément vous avez envie de riposter par une injure ou un coup, n'est-ce pas ? => effet miroir. Un enfant qui se sent blessé, humilié, injurié va inconsciemment vouloir reproduire ce qu'il a reçu.
  • Puis vous rentrez chez vous et vous dites à votre chéri(e), je me suis fait(e) "agressé(e)" aujourd'hui.  => Alors que pour un enfant, si il subit un acte de ce type on parle communément "d'éducation" ...

 

Avec la mise en place de cette nouvelle loi interdisant la fessée, les enfants bénéficient à présent du même niveau de respect de leur intégrité que les adultes.

 

Beaucoup de fausses croyances pour nous empêcher de voir l’éducation autrement

Mais pourquoi restons-nous encore enfermés dans ces mœurs éducatives ? Tout simplement parce que généralement en tant que parents nous souhaitons que nos enfants soient « bien éduqué(s )», qu’ils ne deviennent pas des « enfants rois » ou des « enfants tyrans ». C'est pourquoi la majorité pensent bien faire en étant convaincus des vertus éducatives de telles pratiques basées sur le pouvoir et l’autorité. Cela vient aussi du fait que pour de nombreux parents et pour de nombreux couples sans enfant avoir des enfants signifie qu’ils soient sages et qu’ils obéissent.

Une 2ème explication est que nous reproduisons consciemment ou inconsciemment ce que nous même nous avons reçu et ce que nous avons considéré comme « normal ». Ainsi machinalement les schémas éducatifs se reproduisent. Pour ne pas reproduire un modèle éducatif, cela nécessite une connexion avec soi-même pour mieux se connaître et également une capacité à s'affranchir de ce que l'on a reçu.

Enfin notre méconnaissance de l’enfant, ce que sont ses besoins réels et quelles sont ses différentes étapes de développement, nous sont pour la majorité d’entre nous totalement inconnus. Avez-vous déjà appris tout ça à l’école en cours de SVT ? D’ailleurs les neurosciences qui nous permettent de mieux comprendre le cerveau de l'enfant n’ont qu’une quinzaine d’années de recul.

 

Voici une petite liste des fausses croyances que nous pouvons avoir et qui nous encouragent à user de VEO :

  • «  c’est très efficace pour se faire obéir! »
  • «  c’est pour lui donner les limites »
  • «  c’est pour éviter qu’il ne devienne un « enfant-roi »
  • «  une petite fessée de temps en temps n’a jamais fait de mal ! »
  • «  la vie est difficile, il faut les y préparer »
  • «  je fais ce que je veux avec mon enfant, c’est ma vie, je suis libre »

 

Comme le dit si justement Catherine Gueguen, pédiatre spécialisée dans le soutien à la parentalité, il est très facile d’avoir un enfant sage en ne l'écoutant pas, en le laissant pleurer, en ne répondant pas à ses demandes. "L’enfant saisit très vite que ce n’est pas la peine d’appeler, car personne ne vient. Il refoule ses émotions, une partie de lui s’éteint. Il ne saura plus qui il est, quels sont ses besoins et ne demandera plus rien. En grandissant, ses parents auront des difficultés à connaitre cet enfant qui s’exprime si peu. Par contre, quand ses parents écoutent leur enfant, l’autorisent à exprimer ses émotions, ses besoins, l’enfant sera « plus difficile » les premiers temps car il manifestera ses émotions : ses peurs, ses tristesses, ses angoisses, ses colères. Il ne les refoulera pas. Mais il saura affirmer aussi son bonheur de vivre, son émerveillement, sa gaieté, sa curiosité.(...) Au fil des années, les parents auront beaucoup plus de facilité et de bonheur à élever cet enfant épanoui, confiant, qui exprime ce qu’il est, ses besoins."

Sur le moment, on peut peut-être avoir l'impression que cela est utile car permet de stopper l’enfant, cependant sur le long terme cela génère un sentiment d’injustice, colère ou rancœur qu’il déversera plus tard sur plus petit que lui.

 

« Un enfant « bien élevé » n’est pas un enfant soumis, apeuré. L’enfant est spontanément curieux, enthousiaste. Il se mobilise pour ce qui l’intéresse, le motive et ce qui lui parait juste. Dès tout petit, dès qu’on le contraint il proteste." Catherine Guegen

 

Qu'est-ce que la parentalité positive ?

La parentalité positive signifie éduquer de manière à répondre aux besoins naturels de l’enfant. Elle est basée sur l’amour, le respect, le non-jugement, l’encouragement afin de créer un climat de confiance et un sentiment intérieur de sécurité chez l’enfant. Il ne s'agit pas de prôner le laxisme ou une éducation permissive car au contraire les enfants ont besoin de cadre régit par des règles de vie et des valeurs ce qui leur permet d'évoluer dans un environnement sécurisant. Comme l'explique Mélusine Harlé dans son livre Les 5 clés d'une éducation réussie "Les enfants élevés dans un style permissif n'ont généralement pas la possibilité de se réaliser pleinement, faute de cadre initial. Les parents ne jouant pas un rôle de structuration et de mise en place de références culturelles, comportementales et des valeurs, les enfants peuvent être perdus.(...) sentiment d'abandon, grande solitude, (... ou) croire qu'il doit jouer le rôle de l'adulte et inverser les relations."

Pour comprendre pourquoi la parentalité positive est promue par les scientifiques, il faut se plonger dans les dernières découvertes en neurosciences sur le cerveau affectif et social de l’enfant ?

On y apprend que le cerveau d’un enfant est immature avant l'âge de 5 ans :

  • ce qui l’amène à être dominé par des comportements instinctifs de survie lorsqu’il se sent en danger ou si ses besoins sont insatisfaits (prédominance du cerveau archaïque)
  • et à vivre intensément toutes ses émotions au quotidien sans capacité de contrôle (cerveau émotionnel). C’est pourquoi l’enfant ne peut être en mesure de se calmer seul face à ses émotions qui génèrent en lui du stress (colère, tristesse, peur). Il ne s'agit donc pas de « caprices ».

Il est donc impossible de lui demander de faire ce que son cerveau n’est pas capable structurellement de comprendre ou de maitriser. Avant 5-6 ans l'enfant n’a pas la notion du temps et des réalités quotidiennes, il utilise spontanément son énergie débordante pour courir partout, sauter sur le canapé, rire fort, explorer son environnement, tout simplement il aime jouer et ce ne sont pas des « bêtises » !

Son besoin vital est l’amour, l’attention et l’affection qu’on lui donne. Alors remplisssons régulièrement leur sac à dos d’amour !  Exprimons clairement nos moments de joie, ayons des attitudes affectives de protection en le consolant ou par des gestes affectifs.

D’ailleurs en regardant la manière dont son enfant exprime son affection, cela nous donne une bonne idée de ce qu'il aime recevoir en retour.

 

Et en pratique ça donne quoi ?

Déjà il est tout à fait normal de se demander à quoi sert cette loi concrètement ? En réalité, c’est un premier pas vers l’abolition de toute VEO. Il est vrai qu’aucune sanction ne sera mise en place car l’objectif n’est pas de faire culpabiliser les parents ou les pénaliser mais bel et bien de les informer et de leur donner des moyens. Des campagnes de sensibilisation de grande ampleur devraient être mises en place pour permettre d’aider les jeunes parents dans l’éducation de leurs enfants.

 

Voici quelques habitudes qui participent à la mise en place d’une parentalité positive au quotidien pour encourager l’épanouissement de l’enfant :

  • Accorder de l’attention à son enfant en étant bienveillant et empathique ce qui l’aide à diminuer le stress par la sécrétion d’ocytocine et favorise ainsi son apprentissage de la vie
  • Être à l’écoute de ses besoins réels (exemple : lui proposer de se coucher le soir lorsqu'il est fatigué. 30min avant c'est trop tôt et il exprimera son mécontentement et 30min après cela peut -être trop tard et le train du sommeil est parti, il faut attendre le prochain cycle.)
  • Aider son enfant à exprimer ce qu’il ressent
  • Lui donner de l’autonomie et le responsabiliser petit à petit des conséquences de ses choix
  • L’encourager : le soutenir et le complimenter de ses actions positives permet la sécrétion de dopamine favorisant la motivation, l’envie et le plaisir de vivre (exemple : bébé commence à manger tout seul ? On l'encourage dans sa démarche et on évite de se moquer de lui parce qu'il en met partout autour de sa bouche, sur la table ou par terre. On peut lui proposer ensuite d'essuyer sa bouche, ses mains et la table tout seul.)
  • Être un modèle pour son enfant en montrant l’exemple (oups, ça ce n'est pas toujours facile ! Mais acceptons nos qualités et aussi nos défauts.)

 

Et plus concrètement, regardons des situations de la vie quotidienne avec des suggestions pour mieux les vivre : 

Que faire quand mon enfant est en colère ?

Si on juge cela juste de ne pas céder à sa colère en ne lui donnant pas ce qu’il souhaite, alors l’important est de réussir à accueillir son émotion. Pour que notre enfant comprenne que son émotion est bien comprise, pourquoi pas lui dire simplement « je vois bien que tu es très en colère » et si possible mettre notre main sur son épaule, sur son bras, sa petite main. Plus il se sent compris, plus cela l’apaise et plus les états colériques diminuent. L’apaiser de cette manière ne veut pas dire être laxiste puisque nous n’avons pas cédé à son envie initiale.

Lui demander d’aller se calmer seul dans sa chambre ou dans un coin, l’enferme encore plus dans ses frustrations et l’incompréhension. Imaginons être énervé(e) le soir en rentrant à la maison, ressentir la besoin de partager nos émotions et que notre chéri(e) nous dise « va dans le jardin te calmer et tu reviens que ça ira mieux ! »

 

Que faire face à un danger qui attire tant mon enfant ?

Dans la mesure du possible il convient d’adapter l’environnement de l’enfant en mettant hors de sa portée tout ce qui est dangereux ou fragile. Pour nous y aider, des conseils simples à découvrir dans un précédent article dédié aux gestes qui sauvent.

Il est difficile à un petit enfant (encore bébé, si il est âgé entre 8 et 18 mois) de lui faire comprendre l’interdiction. Il comprend tout à fait le « non, ne touche pas » mais ne comprend pas le pourquoi car il n’a pas forcément expérimenté le danger en vrai. Ainsi cette notion lui reste totalement abstraite.

Alors essayez de lui dire « non » sans lui faire peur, tout en restant calme et en l’éloignant du danger sans le contraindre tout en lui attirant l’attention sur autre chose.

 

Comment lui donner des limites ?

Pour participer à son développement, l‘enfant a besoin de découvrir des règles de vie qui vont lui offrir un cadre structurant et sécurisant. Ce n’est pas la même chose que les limites.

L’idée étant de lui transmettre ses règles  calmement avec respect. Très souvent, plus on dit « non », plus on « crie » et plus l’enfant est attiré par l’interdit ou procédera de la même manière en retour dans sa phase d’affirmation aux environs de 18 mois en répétant en permanence « non ». Il ne saura plus dire oui mais tout sera non. cette période peut durer très longtemps si on ne propose pas d’alternatives à notre enfant ou si on le punit.

Prenons du recul et regardons ce que cela fait d’avoir au quotidien que des injonctions négatives. Il y a bien-entendu des règles à expliquer dans un climat apaisé, les enfants adorent les règles d’ailleurs, mais aussi et surtout des valeurs à partager en famille tout en laissant la place à la joie, à la découverte, aux surprises.

« La vie quotidienne est remplie de frustrations, il est inutile d’en ajouter délibérément » Catherine Gueguen

Un enfant grandit et apprend par mimétisme. Ainsi il est important que nous-même en tant qu’adulte, respections ces règles...

"Votre enfant a les yeux grands ouverts, il dévore le monde, il analyse, il teste, il vous écoute. Vous êtes son premier modèle. Son premier terrain de jeu c'est sa maison." Mélusine Harlé

 

Que faire si mon enfant mord ou tape ?

La notion de bien et de mal pour un enfant en bas-âge est complexe. L’étiqueté d’enfant méchant, agressif, qui fait du mal l’incitera à se conduire de nouveau de la sorte. Alors dans cette situation, il a besoin que son père ou sa mère stoppe l’agression calmement, en restant compréhensif et rassurant (sans lui faire peur). « je comprends que tu veuilles le jouet de ta copine, que tu sois en colère mais on ne mord pas ». Et on évite les longs discours en leçons de moral.

 

 

Oui il est vrai que nous ne sommes pas au pays des bisounours et que nous même en tant que parents nous avons aussi le droit d’avoir nos états de fatigue, de stress, de colère … La perfection n’existe pas, alors ne la cherchez pas ! Être parent demande beaucoup de patience au quotidien et nous apprend à nous connaître nous même. Pour vivre au mieux sa parentalité sans culpabilité et avec confiance, se faire accompagner est la clé : en se créant sa propre "tribu" de personnes bienveillantes et empathiques , en se documentant, en sollicitant des professionnels ou encore en s'abonnant à L’Atelier des Mums ;)

 

Osons changer de regard ! Et si notre rôle de parent était d'adopter un cercle vertueux éducatif ?

"Ayons confiance en nos enfants. Entourés de notre bienveillance, ils développent leurs propres règles intérieures, progressivement en nous voyant agir." 

Catherine Gueguen

 

Quelques ressources pour aller plus loin :

  • Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen
  • J’ai tout essayé (enfant de 1 à 5 ans) Isabelle Filliozat
  • Il n’y a pas de parents parfaits, Isabelle Filliozat
  • Au cœur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat
  • Les 5 clés d'une éducation réussie, Mélusine Harlé
  • Les lois naturelles de l'enfant, Céline Alvarez
  • Blog : coolparentsmakehappykids.com
  • Observatoire de la Violence Educative Ordinaire : oveo.org

 

 

 

Publié dans :
Article

Les avis de mums